Lignes directrices du COSEPAC pour reconnaître les unités désignables

Approuvée en novembre 2020

Préambule

La Loi sur les espèces en péril définit une « espèce sauvage » comme une « espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte… ». Cette définition donne au COSEPAC le mandat d’évaluer les unités au sein d’une espèce reconnue. Le COSEPAC reconnaît une unité inférieure à une espèce reconnue comme une unité désignable (UD), c’est-à-dire comme une « espèce sauvage », si elle possède des attributs qui la rendent à la fois « distincte » et « importante dans l’évolution ».

Approche pour la désignation des UD en vue d’une évaluation de la situation

Une UD est une unité de la biodiversité canadienne qui est distincte et importante dans l’évolution; « distincte » signifie qu’il y a actuellement très peu de transmission d’information héréditaire (culturelle ou génétique) à partir d’autres unités de ce type, alors que « importante dans l’évolution » signifie que l’unité présente des caractères héréditaires adaptatifs ou une évolution que l’on ne trouve pas ailleurs au Canada. Par exemple, il est possible que des individus d’une même espèce se déplacent (ou soient déplacés) dans une aire anciennement occupée par une unité qui a disparu, mais ces individus et leurs descendants appartiennent à l’UD dont ils sont originaires jusqu’à ce qu’ils soient admissibles à une évaluation à titre d’individus d’une nouvelle UD indépendante.

Lorsqu’il y a de nombreuses UD présumées ou que la structure des UD est complexe, il est possible de préparer un rapport distinct sur la structure des UD avant une évaluation ou une réévaluation de la situation et de le faire approuver par le COSEPAC. Un résumé de cette structure des UD préapprouvée doit être présenté dans le rapport de situation de l’espèce, et tout nouveau renseignement susceptible de modifier la structure préapprouvée doit être inclus dans la section Unités désignables du rapport.

Lignes directrices pour la désignation des UD

1) Sous-espèces ou variétés :

Une sous-espèce nommée ou une variété identifiée conformément aux lignes directrices du COSEPAC pour l’appellation des sous-espèces et des variétés devrait être reconnue comme une UD si elle répond aux critères du « caractère distinct » et du « caractère important ».

2) Unités de biodiversité distinctes et importantes dans l’évolution

Le COSEPAC reconnaît une UD (c.-à-d. qu’il reconnaît une unité inférieure au rang de l’espèce comme une « espèce sauvage ») si elle possède des attributs qui la rendent à la fois « distincte » et « importante dans l’évolution ».

Caractère distinct

Une UD présumée peut être considérée comme distincte selon l’un ou l’autre des critères suivants (ou les deux; figure 1), chacun indiquant une transmission faible ou nulle d’information héréditaire entre cette unité et les autres UD :

D1. Preuve de caractères ou de marqueurs héréditaires qui distinguent clairement l’UD présumée des autres UD (p. ex., marqueurs génétiques ou morphologie héréditaire, comportement, cycle vital, phénologie, voies migratoires, dialectes vocaux), indiquant une transmission limitée de l’information héréditaire à d’autres UD.

D2. Disjonction géographique naturelle (c.-à-d. qui ne résulte pas d’une perturbation humaine) entre les UD présumées qui limite grandement la transmission d’information (p. ex., individus, graines, gamètes) entre des « portions de l’aire de répartition » pendant une période prolongée et qui la rend peu probable dans un avenir prévisible. L’expression « période prolongée » signifie qu’il s’est écoulé suffisamment de temps pour que la sélection naturelle ou la dérive génétique soient susceptibles d’avoir produit des unités distinctes, compte tenu de la biologie spécifique du taxon.

Caractère important

Si une UD présumée est jugée distincte, son caractère important peut ensuite être évalué (figure 1). Une UD est considérée comme importante si un ou plusieurs des critères suivants sont satisfaits. Ces critères recouvrent deux types d’importance, qui peuvent fonctionner ensemble ou séparément : i) une période d’isolement importante dans l’évolution qui devrait générer une histoire évolutive non raisonnablement reconstituable en pratique (critère 1); ii) la présence de caractères adaptatifs particuliers et héréditaires (phénotype) qui peuvent se développer sur une période plus courte, mais qui sont tout de même considérés comme non raisonnablement reconstituables en pratique (critère 2).

S1. Preuve directe ou forte inférence que l’UD présumée a suivi une trajectoire évolutive indépendante pendant une période importante dans l’évolution, généralement une divergence phylogénétique intraspécifique indiquant des origines dans des refuges distincts du Pléistocène.

S2. Preuve directe ou forte inférence permettant de déduire que l’UD présumée possède des caractères adaptatifs et héréditaires qui ne pourraient être reconstitués en pratique en cas de perte. Exemple : persistance de l’UD distincte présumée dans un environnement écologique où un régime sélectif est susceptible d’avoir donné lieu à des adaptations locales de l’UD qui n’ont pas pu être reconstituées. Voir la section Quelques considérations pratiques/Lignes directrices sur les meilleures pratiques.

Quelques considérations pratiques/Lignes directrices sur les meilleures pratiques

Les lignes directrices sur le « caractère distinct » et le « caractère important » énoncées ci-dessus sont les principes à la base de la détermination des UD. Les considérations pratiques et les meilleures pratiques décrites ci-dessous servent de guide aux rédacteurs et aux réviseurs de rapports. Elles constituent un document évolutif que le COSEPAC mettra à jour au besoin.

Considérations générales

  1. On peut désigner des UD selon une approche fondée sur le poids de la preuve où différents éléments de preuve (p. ex., génétique, comportement, morphologie, répartition) sont évalués en fonction du caractère distinct, puis du caractère important (voir figure 1). Examinez chaque élément de preuve du critère pertinent, puis évaluez l’ensemble des éléments de preuve en fonction de leur caractère distinct, puis de leur caractère important.
      1. Lorsqu’on propose plus d’une UD par espèce nommée, il est important de présenter, pour chacune des UD présumées, toutes les preuves disponibles de tous les critères, y compris les preuves qui pourraient contredire la structure des UD proposée. La section (ou le rapport) présentant la structure des UD proposée doit clairement préciser les critères utilisés pour appuyer le caractère distinct et le caractère important dans l’évolution de toutes les UD présumées dont il est question dans le rapport. Les critères doivent être référencés directement dans le texte et mis en italique. Au minimum, cette section du rapport doit comporter :

    1. des sous rubriques portant sur le caractère distinct et le caractère important dans l’évolution;
    2. un court paragraphe sur chacun des arguments correspondants de l’annexe F5 et un tableau résumant les preuves du caractère distinct et du caractère important par paires d’UD proposées (voir le tableau 1 pour un exemple);
    3. un bref énoncé de conclusion.
    4. Les rédacteurs de rapports doivent éviter les analyses approfondies et potentiellement distrayantes sur les preuves scientifiques, sauf si ces preuves sont directement liées à la structure des UD, qu’elles sont controversées ou encore que les sources se contredisent.
  2. La structure génétique d’une population ne reflète pas nécessairement son caractère distinct, car les populations peuvent être structurées sur le plan génétique en présence d’un flux génique continu. Cependant, il n’est pas nécessaire d’établir la distinction génétique entre les UD présumées si d’autres preuves satisfont aux critères. Lorsque l’information génétique est disponible, il faut résumer dans le rapport les preuves génétiques appuyant la structure des UD présumées, mais aussi présenter et reconnaître toute preuve disponible qui ne soutient pas la structure proposée. Il faut également faire état clairement de la robustesse des preuves. Par exemple, les variations de la taille des échantillons, de la couverture géographique, ou du type et de la quantité de marqueurs génétiques utilisés d’une étude à l’autre ont toutes une incidence sur la certitude des résultats.
  3. Le caractère important d’une UD reflète le fait que, en cas de perte, elle ne pourrait pas être reconstituée en pratique. Si toute son aire de répartition se trouvait au Canada, elle serait considérée comme disparue. Si elle avait disparu de son aire de répartition canadienne, mais qu’elle était toujours présente ailleurs, elle serait considérée comme disparue du pays.
  4. Les UD ne doivent pas être désignées en fonction des menaces ou de la situation sur le plan de la conservation. De même, les UD sont distinctes des unités de gestion, lesquelles peuvent être au nombre de plus d’une au sein d’une UD ou parmi un groupe d’UD.

Figure 1. Organigramme pour guider la détermination de la structure des UD. Voir le texte pour la formulation complète des critères.

Tableau 1. Exemple de la façon de résumer les différences par paires entre les UD présumées. L’objectif est de fournir tous les renseignements disponibles, tant les preuves qui soutiendraient les UD présumées que les preuves disponibles qui pourraient ne pas soutenir la structure proposée. Dans le cas des données génétiques, le tableau devrait idéalement faire la distinction entre les preuves provenant de marqueurs génétiques neutres (qui pourraient appuyer le caractère distinct des UD) et les marqueurs fonctionnels (qui peuvent donner de l’information sur le caractère important dans l’évolution). Le tableau ci-dessous donne quelques exemples de preuves qui pourraient servir à la reconnaissance des UD. Il n’a pas pour but d’être exhaustif puisque les preuves disponibles et les types de preuves pertinentes varient selon les taxons.

  1. Génétique : différence modérée à hautement significative à certains locus (+ = FST >** ; GST >**)
  2. Isotopes (+ = différence significative à P < 0,05, indiquant une préférence pour différentes espèces de proies) (exemple de variation phénotypique possible et significative parmi les UD)
  3. Séparation spatiale (exemple de preuve qui pourrait donner de l’information sur le caractère distinct)
  4. Longueur selon l’âge (+ = > 5 %) (exemple de variation phénotypique possible et significative parmi les UD)
    Blanc = Absence de données
 
  UD2 UD3 UD4 UD5 UD6
UD1 1. 1. ADNmt(+)/ADNn(+)
2.
3. Toutes les saisons(?)
4. +
1. ADNmt(+)/ADNn(+)
2.
3. Toutes les saisons
4. +
1.
2.
3. Toutes les saisons
4.
1. ADNmt(+)/ADNn(-)
2. +
3. Toutes les saisons
4. +
1. ADNmt(+)/ADNn(+)
2. +
3. Toutes les saisons
4. +
UD2   1.
2. +
3. Toutes les saisons
4.
1.
2.
3. Toutes les saisons
4. +
1.
2. +
3. Toutes les saisons
4. +
1.
2. +
3. Toutes les saisons
4. +
UD3     1.
2.
3. Toutes les saisons
4. +
1. ADNmt(+)
2.+
3.Toutes les saisons
4.-
1. ADNmt(-)
2.+
3.Toutes les saisons
4.-
UD4       1.
2.
3.Été
4.
1.
2.
3.Été
4.
UD5         1. ADNmt(+)
2.
3.Été
4.

Exemples de meilleures pratiques

  1. Il arrive que certains éléments de preuve soient pertinents tant pour le caractère distinct que pour le caractère important. Par exemple, de fortes divergences phylogénétiques dans le génome (p. ex., lorsque les refuges du Pléistocène reconstitués ne se chevauchent pas et qu’il n’y a pas de preuve d’un flux génique ultérieur) peuvent être indicateurs du caractère distinct (D1) et du caractère important (S1).
  2. Les frontières écogéographiques peuvent causer un isolement (caractère distinct en raison des disjonctions de l’aire de répartition naturelle, critère D2), en particulier pour les espèces d’eau douce. Elles peuvent également fournir des éléments permettant d’inférer clairement le caractère important dans l’évolution, car elles reflètent souvent un isolement à long terme (S1); par ailleurs, il a été démontré que les différentes conditions écologiques entre les zones écogéographiques favorisent les différences adaptatives du taxon (S2). La clé de la désignation des UD au moyen de preuves géographiques pour inférer le caractère important réside dans le fait que chaque zone génère un environnement distinct, pour lequel il est possible d’affirmer qu’il représente différents régimes sélectifs également susceptibles de stimuler le caractère important. Les rapports doivent présenter de manière rationnelle la pertinence des zones écogéographiques de cette manière si elles sont utilisées pour soutenir les critères relatifs aux UD. Il faut brièvement expliquer comment les zones reflètent à la fois l’isolement passé et les régimes sélectifs distincts. Il faut utiliser la carte la plus appropriée pour l’espèce sauvage à l’étude (des exemples se trouvent aux figures 2, 3 et 4).
  3. Parmi les exemples de « preuves de caractères héréditaires adaptatifs » pertinents du critère S2, on peut penser aux différences fixes dans les allèles de plusieurs locus nucléaires fonctionnels, ou distinctions claires dans des caractères fixes parmi les UD et propres à chaque UD (p. ex., comportements fonctionnels stables et culturellement transmis tels que les méthodes de recherche de nourriture, voies migratoires). Des documents de synthèse décrivant les différents types, usages et limites des données génétiques et des comportements culturellement transmis sont disponibles sur demande.
  4. Les preuves et les inférences concernant les composantes héréditaires des caractères sont nécessaires lors de l’évaluation d’espèces hautement plastiques qui peuvent présenter de fortes variations morphologiques en réponse aux conditions environnementales.
  5. Les lignes directrices concernant les espèces sauvages manipulées (annexe E7) fournissent d’autres conseils sur les UD qui peuvent être ou ne pas être considérées comme « reconstituées ».

Considérations pratiques sur les formes sympatriques et les UD

  1. Il peut y avoir sympatrie chez une espèce lorsque celle-ci présente de multiples formes sympatriques (qui coexistent), différenciées par des variations des caractères héréditaires (p. ex., morphologie, comportement, cycle vital, phénologie, voies migratoires, dialectes vocaux), et qu’il n’y a que peu ou pas de transmission d’information entre les formes. La preuve ou l’inférence de l’isolement (c.-à-d. l’absence de transmission d’information) des UD présumées remplit le critère D1 du caractère distinct pour chaque forme de l’espèce. La preuve ou l’inférence de la présence d’un ou de plusieurs caractères adaptatifs et héréditaires chez chaque UD présumée ainsi que de l’impossibilité de reconstituer ces caractères si l’UD était perdue satisfait au critère S2 du caractère important pour chaque forme de l’espèce. Si les critères du caractère distinct et du caractère important sont satisfaits, chaque forme sympatrique doit être considérée comme une UD.
  2. Les espèces qui ont de multiples formes de caractères, mais qui ont aussi une transmission d’information naturelle (p. ex., flux génique) important entre les formes, ne doivent pas être considérées comme des formes sympatriques, mais plutôt comme des espèces polytypiques. Dans ces cas, l’espèce doit être considérée comme une seule UD. Il peut y avoir sympatrie chez une espèce lorsque celle-ci présente de multiples formes sympatriques (qui coexistent), différenciées par des variations des caractères héréditaires (p. ex., morphologie, comportement, cycle vital, phénologie, voies migratoires, dialectes vocaux), et qu’il n’y a que peu ou pas de transmission d’information entre les formes selon au moins un mode de transmission des caractères fonctionnels (p. ex., gènes nucléaires ou transmission culturelle).
  3. Dans les cas où des formes sympatriques ont présenté une transmission d’information faible ou nulle entre elles avant l’apparition des menaces, suivie d’une transmission d’information après l’apparition des menaces, chaque forme qui existait avant l’apparition des menaces est considérée comme une UD. Les formes existantes à la suite de l’apparition des menaces et de l’augmentation conséquente du flux d’information ne doivent pas être considérées comme les UD d’origine, car elles ne remplissent plus le critère D1 du caractère distinctif.

Glossaire

Reconstituer : Remplacer une unité désignable disparue par des individus qui seraient désignés comme appartenant à la même unité désignable. En d’autres termes, les individus présenteraient les mêmes caractères héréditaires adaptatifs ou porteraient les marques de la même évolution que ceux qu’ils remplacent.

Figure 2. COSEWIC National Ecological Areas

Figure 2

Figure 3. Zones biogéographiques nationales d’eau douce du COSEPAC.

Figure 3

Figure 4. Provinces fauniques des amphibiens et des reptiles terrestres du COSEPAC.

Figure 4

Annexes

Figure 4 archivée. Carte des provinces fauniques des amphibiens et des reptiles terrestres du COSEPAC utilisée depuis au moins 2007. Voir le rapport sur les provinces fauniques des amphibiens et des reptiles du Canada présenté au COSEPAC (daté de mars 2016), qui faisait partie de l’analyse de novembre 2016, pour connaître les différences entre cette carte et la carte actuelle.

Traduction des termes dans le figure 4 archivée
Anglais Français
COSEWIC Terrestrial Amphibians and Reptiles Faunal Provinces Provinces fauniques des amphibiens et des reptiles terrestres du COSEPAC
Faunal Provinces Provinces fauniques
Pacific Coast Côte du Pacifique
Intermountain Intramontagnarde
Rocky Mountain Rocheuses
Prairie / Western Boreal Prairies/Boréale de l’Ouest
Canadian Shield Bouclier canadien
Appalachian / Atlantic Coast Appalaches/Côte de l’Atlantique
Great Lakes / St. Lawrence Grands Lacs/Fleuve Saint-Laurent
Carolinian Carolinienne
Arctic Arctique
Faunal province boundaries and classification developed by David M. Green, 2003. Map prepared by the COSEWIC Secretariat, 2007. Classification et limites des provinces fauniques élaborées par David M. Green (2003). Carte préparée par le Secrétariat du COSEPAC en 2007.

À propos de nous

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) est un comité consultatif indépendant qui agit auprès de la ministre fédérale de l’Environnement et du Changement climatique et qui se réunit deux fois par année pour évaluer la situation des espèces sauvages menacées de disparition. Ses membres, des experts de la biologie des espèces sauvages provenant du milieu universitaire, de la fonction publique, d’organisations non gouvernementales et du secteur privé, sont chargés de désigner les espèces sauvages qui risquent de disparaître du Canada.

Secrétariat du COSEPAC

Service canadien de la faune
Environnement et Changement climatique Canada
351, boul. St-Joseph, 16e étage
Gatineau Québec K1A 0H3

Courriel : cosewic-cosepac@ec.gc.ca