Lignes directrices du COSEPAC pour reconnaître les unités désignables

Approuvées par le COSEPAC en novembre 2018

Préambule :

On reconnaît généralement que les évaluations de situation et la conservation de la diversité biologique exigent la considération, le cas échéant, des unités inférieures à l'espèce (en utilisant « espèce » au sens accepté de la hiérarchie taxinomique). La Loi sur les espèces en péril inclut « les sous-espèces, les variétés et les populations géographiquement ou génétiquement distinctes » dans sa définition des espèces sauvages. Cette définition reconnaît que la conservation de la diversité biologique passe par la protection des entités taxinomiques inférieures à l'espèce (c.-à-d. unités désignables ou UD) et donne au COSEPAC le mandat de les évaluer lorsqu'il est justifié de le faire.

Approche pour l'évaluation de situation des UD :

L’approche habituelle du COSEPAC pour attribuer un statut consiste à évaluer une UD d’une espèce biologique considérée comme étant potentiellement en péril.

Le COSEPAC peut évaluer des UD lorsqu’on estime qu’une seule désignation de statut n’est pas représentative de l’étendue de la diversité significative sur le plan évolutif d’une espèce.

Les unités désignables doivent être distinctes et importantes dans l'évolution taxinomique d'une espèce. Par « important », on entend une unité qui est significative pour l'héritage évolutif d'une espèce et dont la perte ne pourrait probablement pas être compensée par une dispersion naturelle.

Voici des lignes directrices pour la détermination des unités désignables en vue d'une évaluation de situation par le COSEPAC. Ces lignes directrices sont davantage des points de repère que des critères stricts.

Lignes directrices pour l'identification des UD :

1) Sous-espèces ou variétés :

Une unité peut être reconnue comme une UD si elle représente une sous-espèce nommée ou une variété identifiée en vertu des lignes directrices du COSEPAC pour nommer les sous-espèces et les variétés. Le COSEPAC peut décider de ne pas reconnaître comme UD une sous-espèce ou une variété nommée si les données scientifiques actuelles ne le justifient pas.

2) Populations distinctes et importantes dans l'évolution :

Une population ou un groupe de populations peuvent être reconnues comme une UD si elles sont considérées comme « distinctes » et « importantes » dans l’évolution par rapport aux autres populations.

Pour déterminer une UD, il faut en premier lieu se demander si la population ou le groupe de populations sont distincts par rapport aux autres populations.

Caractère distinct

Une population ou un groupe de populations peuvent être considérées distinctes selon un ou plusieurs des facteurs suivants :

  1. Preuves de la distinction génétique, comme, sans toutefois s’y limiter, des traits hérités (p. ex. morphologie, cycle vital, comportement) et/ou des marqueurs génétiques neutres (p. ex. alloenzymes, microsatellites d'ADN, polymorphismes de restriction [RFLP] de l'ADN, séquences d'ADN).
  2. Disjonction naturelle entre des portions importantes de l'aire de répartition d'une espèce ayant grandement limité les mouvements des individus entre les régions pendant une période prolongée, rendant les mouvements peu probables dans un avenir proche et favorisant les adaptations locales. Les disjonctions résultant de perturbations anthropiques (contrairement aux facteurs naturels) ne sont pas considérées dans l’évaluation d’un caractère distinct.
  3. Occupation de différentes régions écogéographiques qui sont pertinentes pour l'espèce et qui reflètent une différence historique ou génétique, qui peut être décrite sur une carte appropriée d'écozones ou de zones biogéographiques (figures 1, 2 et 3). Il y peut y avoir une certaine dispersion entre les régions, mais elle n'est pas suffisante pour empêcher les adaptations locales.

Caractère important

Si une population ou un groupe de populations sont considérées distinctes selon un ou plusieurs des critères mentionnés ci-dessus, leur importance peut ensuite être évaluée. Une population peut être considérée importante selon un ou plusieurs des critères ci-dessous, sans toutefois s'y limiter, chacun pouvant être perçu comme une mesure de l'importance pour l'évolution :

  1. Preuves que la population ou le groupe de populations distinctes diffèrent de façon marquée des autres en raison de caractéristiques témoignant d’une divergence phylogénétique intraspécifique relativement grande. De telles divergences pourraient se manifester par des différences fixes dans les gènes fonctionnels ou le comportement culturel fonctionnel et stable, ou être indiquées par des différences génétiques qualitatives sur des marqueurs évoluant relativement lentement (p. ex. différences fixes dans les séquences d’ADN mitochondrial ou nucléaire, différences fixes dans les allèles de locus nucléaires multiples, ou distinctions nettes de dialecte). Les différences quantitatives (fréquence) des allèles communs, surtout pour les marqueurs évoluant rapidement, comme les microsatellites, ne sont généralement pas suffisantes pour satisfaire à ce critère.
  2. Persistance d'une population ou d'un groupe de populations distinctes dans un contexte écologique inhabituel ou unique à l'espèce ayant donné lieu à des adaptations locales connues ou probables.
  3. Preuves que la population ou le groupe de populations distinctes représentent la seule occurrence survivante naturelle d'une espèce qui est plus abondante ailleurs sous la forme d'une population introduite à l'extérieur de son aire de répartition historique.
  4. Preuves que la perte d’une population ou d’un groupe de populations distinctes entraînerait une vaste disjonction dans l’aire de répartition de l’espèce au Canada. Dans ce contexte, « disjonction », s’entend de deux ou de plusieurs régions d’occurrence d’une espèce très éloignées les unes des autres par des régions d’inoccupation, de sorte que la dispersion naturelle de l’espèce d’une région à une autre est peu probable.

Il est important de prendre conscience que certains critères témoignent davantage du caractère « distinct » ou « important » que d'autres. Ainsi, au moment de désigner une UD, il est important de présenter les meilleures preuves possibles pour tous les critères satisfaits.

Voici quelques considérations pratiques

  • On peut désigner des UD selon une approche du poids de la preuve où différents éléments de preuve (génétique, comportemental, morphologique, distribution géographique, etc.) sont évalués quant au caractère distinct, puis quant au caractère important. Plutôt que d’étudier les éléments de preuve (ou les critères) un par un, il est possible de les évaluer ensemble quant à ces caractères.
  • Il arrive que certains éléments de preuve soient pertinents tant pour le caractère distinct que pour le caractère important. Par exemple, les frontières écogéographiques peuvent causer un isolement (caractère distinct), mais elles peuvent également ouvrir la voie au caractère important, puisque les différences génétiques significatives (p. ex., phylogéographique ou adaptive) sont favorisées en cas d’isolement. La clé dans les désignations des UD réside dans le fait que les zones génèrent toutes des environnements distincts au sujet desquels on pourrait affirmer qu’ils représentent différents régimes sélectifs également susceptibles de stimuler le caractère important. Les rapports doivent présenter de manière rationnelle la pertinence des zones si ces dernières doivent servir de base pour désigner les UD. De brèves explications sont nécessaires en ce qui concerne la pertinence des zones pour générer un isolement et des pressions sélectives distinctes. Il faut utiliser la carte la plus appropriée pour l’espèce sauvage à l’étude (des exemples se trouvent aux figures 1, 2 et 3).
  • La distinction génétique ne suffit pas en soi pour désigner des UD; il n’est pas non plus nécessaire que les UD démontrent des différences génétiques. Une preuve génétique doit être examinée avec soin relativement à la couverture géographique de l’échantillonnage, et les données génétiques de l’ensemble des UD doivent êtes constantes (p. ex., sur le plan du caractère des locus servant à la reconnaissance d’UD).
  • On ne doit pas distinguer/déterminer les UD en se fondant sur les menaces ou le statut de conservation relatif. De la même façon, les UD n’équivalent pas nécessairement aux unités de gestion (qui ne sont pas nécessairement seules au sein d’une UD ou parmi un groupe d’UD).
  • Pour voir des exemples des précédentes décisions prises concernant les UD, consultez la présentation PowerPoint sur les UD, laquelle est disponible sur le réseau intranet du COSEPAC.

Fig.1. Aires écologiques nationales du COSEPAC

Fig.2. Zones biogéographiques nationales d’eau douce du COSEPAC

Fig.3. Provinces fauniques des amphibiens et des reptiles terrestres du COSEPAC

À propos de nous

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) est un comité consultatif indépendant qui agit auprès de la ministre fédérale de l’Environnement et du Changement climatique et qui se réunit deux fois par année pour évaluer la situation des espèces sauvages menacées de disparition. Ses membres, des experts de la biologie des espèces sauvages provenant du milieu universitaire, de la fonction publique, d’organisations non gouvernementales et du secteur privé, sont chargés de désigner les espèces sauvages qui risquent de disparaître du Canada.

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